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SVK Tour

Quelle rencontre à Merida, oh la la !

25 Mai 2013, 16:31pm

Publié par Sandie & Slava

Merida, le 9 mai

 

Nous n’avons pas grand choses à raconter sur Merida même car nous y avons passé qu’une soirée. Mais ce que nous pouvons dire c’est que la ville n’est pas si touristique et bruyante que disait le guide. Nous l’avons trouvée plutôt agréable et sympathique.

 

De plus, nous y avons fait des rencontres intéressantes et bouleversantes…

 

La première personne que nous avons rencontré, est Juan. Il nous a interpellés sur un trottoir bondé. Nous voulions laisser passer un flot de personne mais il n’a pas voulu passer devant nous et s’est retrouvé comme nous à attendre que le flux passe. Du coup, il a engagé la conversation. « D’où venez-vous ? Combien de temps avez-vous prévu de rester à Merida ? Est-ce que Merida vous plaît ? Que pensez-vous du Mexique ? » Etc… Les questions habituelles.

 

On apprendra qu’il a travaillé en Suisse en tant qu’archéologue et qu’il a vécu quelques temps en France près de la frontière. Il en profite pour nous donner quelques conseils sur les lieux à visiter dans la région. Il évoque l’artisanat local et nous conseille une coopérative. Il nous explique que la coopérative est un moyen pour les indigènes des villages alentours de vendre leur travail. Il nous accompagne jusqu’à la coopérative en question et nous dit au revoir. Cool de rencontrer et d’échanger une fois de plus avec un local.

 

Séduits par cette idée de « commerce équitable » nous entrons. La coopérative est grande. Il y a des bijoux, des tissus, des vêtements et des chapeaux. Nous en essayons quelques-uns et hésitons même à en acheter. Mais ayant peur de les abîmer dans nos sacs nous n’achetons rien.

 

Il fait presque nuit alors je m’empresse de prendre quelques photos de la ville. 

Ville de Merida
Ville de Merida

Ville de Merida

 

A ce moment, quelqu’un m’interpelle me demandant si je suis du « National Geographic » ! Apparemment j’ai l’air d’une pro quand je prends des photos :). Là, Slava me rejoint et une conversation surprenante commence entre nous trois.

 

L’homme commence par nous demander pourquoi on voyage, ce que cela nous apporte. Nous lui répondons que voyager permet de s’ouvrir, de voir les choses différemment et il semble d’accord avec nous. Cependant, il déplore le manque de respect de certains touristes. Qui, selon lui, viennent dans son pays comme des « rois » en pensant apporter l’argent, le savoir et la connaissance. Ils prennent des photos des indigènes sans demander leur permission et râlent quand à l’inverse un indigène les prend en photo. Il a conscience que le tourisme est important pour l’économie du pays mais il préfèrerait qu’il se fasse sous forme d’échange, de partage et dans le respect des coutumes et valeurs locales.

 

Nous en profitons pour lui demander si tout ce qui se dit sur l’insécurité au Mexique est vrai et si le pays est aussi dangereux qu’il est décrit. De notre côté nous avons plutôt le sentiment que c’est l’inverse, la police est présente partout, les gens sont formidables avec nous et nous n’avons jamais assisté à quoi que ce soit de dangereux (heureusement :)).

 

Il nous explique qu’il y a effectivement des problèmes de délinquances et de drogues mais surtout dans le nord du pays ou dans certaines banlieues. Tout ceci se passe entre Mexicains et reste à l’écart des routes touristiques. Cela confirme ce que nous avons déjà entendu quelques jours plutôt.

 

Concernant les rares fois où les touristes sont impliqués dans des histoires de délinquance, il nous affirme que dans 95% des cas, les auteurs des infractions sont des touristes eux-mêmes (les victimes ayant tendance à faire plus confiance à leurs semblables). L’alcool consommé y est également pour beaucoup. Ainsi les touristes restent entre touristes et ne se mélangent pas beaucoup aux locaux.

 

Comme quoi, rencontrer des gens du pays pendant le voyage permet de prendre encore plus de recul et de voir les choses vraiment différemment.

 

Il nous explique aussi le clivage qu’il y entre les mexicains descendants des Espagnols qu’il appelle des « Mexicains blancs » et les indigènes descendants des « Mayas ». Les indigènes sont complètement rejetés et exclus de la société. Ils sont traités et vu comme des moins que rien.

 

Le gouvernement et tous les gens influents du pays sont donc des Mexicains blancs. Tous les commerces et hôtels sont en réalité détenus par ces mêmes Mexicains et les tâches les plus ingrates sont effectuées par les indigènes. Du coup, la majorité des revenus du tourisme profite finalement à la classe la plus aisée.

 

Il subsiste un paradoxe. D’un côté le gouvernement a besoin de conserver un aspect historique et culturel du pays pour attirer les touristes car les sites archéologiques « Mayas » sont une énorme source de revenus, mais de l’autre, il ne fait rien ou pas grand-chose pour que les indigènes soient mieux intégrés et surtout mieux considérés dans la société.

 

Il nous indique également que lorsque les Espagnols sont venus coloniser le Mexique, sous un prétexte de modernisation, ils ont détruits une grande partie de l’héritage culturel « Maya ». De nos jours, cela semble être problématique pour déterminer à quoi servait tel ou tel monument des cités « Mayas », les réponses semblent être perdues à jamais. Finalement, les Espagnols ont décidés de réécrire l’histoire pour que celle-ci colle un peu plus aux valeurs auxquelles ils adhérent. Valeurs qui servent maintenant à vendre du rêve aux touristes !

 

Notre interlocuteur pense que le colonialisme n’est pas fini et qu’il continu sous une nouvelle forme. Avant il s’effectuait de manière physique sous forme d’esclavagisme, maintenant il s’effectue de manière psychologique. Les « colonisateurs » essayent d’obtenir ce qu’ils veulent en faisant croire aux « colonisés » que la bonne chose à faire est celle qu’ils apportent, que leurs valeurs sont les meilleures et doivent être appliquées au nom du progrès, de la modernisation … , « faîtes comme moi et vous serez plus heureux ».

 

Ils nous racontent aussi l’histoire d’un étranger voulant investir au Mexique. Celui-ci sent rapidement le filon du folklore et décide de vendre aux touristes ce qu’ils sont venus chercher… du dépaysement et des produits « locaux ». Il décide de monter une coopérative de vente d’objets artisanaux confectionnés par les indigènes des villages alentours. Sauf que maintenant, LA coopérative est devenue DES coopératives. Du coup l’idée originale est complétement perdue puisqu’on a basculé dans le système capitaliste concurrentiel … d’autant plus que certaines « coopératives » vendrait du « made in China » un comble :(. Pour quelqu’un qui n’est pas expert en la matière, il est difficile de distinguer le vrai du faux …

 

Il nous apprendra également que des gens de ces soi-disants coopératives circulent dans la ville pour rabattre discrètement les touristes en engageant une conversation banale. C’est incroyable ! On vient justement de se faire amener dans une de ces boutiques ! Finalement la discussion avec Juan, n’était pas si désintéressée que ça … et du coup cela remet pas mal en cause ce qu’il nous a dit, peut-être n’était-ce que pour nous attirer dans ce magasin et que rien de ce qu’il nous a dit est vrai … Nous sommes vraiment désappointés d’apprendre ces pratiques car jusqu’à présent, les échanges que nous avons eu avec les locaux étaient simples et naturels, sans arrières pensées.

 

Notre homme nous demande de ne surtout pas parler aux gens du coin de ce qu’il vient de nous dire car il risquerait de se mettre en danger. Il y a beaucoup d’enjeux là-dessous et ceux qui tirent les rênes ne voudraient surtout pas que les choses changent.

 

On finira par apprendre que notre interlocuteur fait partie d’une association d’écrivains. Ils sont en train de sortir un livre sur le « tourisme » au sens large, relatant tout ce qu’il vient de nous dire avec des témoignages d’indigènes. Le livre sortira d’abord en Espagnol donc pour la version française ce n’est pas pour tout de suite. En tout cas on espère que ce livre fera parler de lui et qu’ils réussiront à le faire éditer dans le plus de langues possible.

 

Autant vous dire que cette discussion nous a beaucoup touchés et bouleversés. Ça nous oblige à nous remettre en question encore plus. On n’aimait déjà pas les « trucs à touristes » mais là, du coup, on aime encore moins…

 

Pour la petite histoire, après avoir quitté notre inconnu (par précaution il n’a pas souhaité nous dire son nom) un autre gars nous abordera dans la rue pour essayer de nous embarquer dans une autre boutique. Pour ne pas éveiller de soupçons nous irons voir ces confections « locales » qui d’ailleurs ressemblent étrangement à celles de la première boutique. Bien évidemment nous repartirons sans rien acheter.

 

On finira la soirée par un spectacle de musique et de danse donné sur une des places de la ville.

Danseurs et musiciens
Danseurs et musiciens
Danseurs et musiciens

Danseurs et musiciens

Pas beaucoup de photos mais que d’émotions à Merida !

Commenter cet article

Maman 28/05/2013 18:50

J'ai discuté ce matin avec Gerardo, un collègue mexicain , à qui j'ai fait lire votre article. Il m'a dit que ce genre de pratique de "rabattage" des touristes est fréquent sur tous les lieux hyper touristiques , mais que la scission enter indigènes et mexicains blancs est moins nette que cela .... Certains indigènes sont regroupés en petite entreprise et gagnent des petites fortunes …. Par ailleurs, les coopératives où l'on peut être certain de trouver des produits artisanaux locaux sont celles où un artisan/indigène est présent dans la coopérative et est en train de confectionner un produit . Tous les chapeaux, de même que les tissus, eux sont 100% produits « made in Mexique » ...
D’après lui, vous ne devriez pas rencontré cette pratique de démarchage au Pérou, pays moins touristique que le Mexique ….

Sandie & Slava 29/05/2013 20:32

Nous verrons cela :)
Bisous

pam 25/05/2013 20:49

C'est marrant en lisant le début de votre article je me suis dis que c'était typiquement ce qu'on avait vécu en Thaïlande. On s'était fait interpellé naturellement dans la rue comme vous et au final on se retrouvait dans des magasins ... La suite du récit m'a donc confirmé cela. Je crois que c'est la nouvelle méthode de rabattement des touristes dans beaucoup de pays :( votre deuxième rencontre a sûrement été plus intéressante et saine :)

Bisous a tout les deux.

Sandie & Slava 25/05/2013 23:11

En effet, et c'est malheureux, c'est de plus en plus répondu ... Mais heureusement c'était la première et dernière fois pour nous au Mexique.
On verra ce qu'il en est dans les autres pays :)