Tilcara
Tilcara le 3, 4 et 5 août
Toujours sur la route vers le sud, un autre petit village attire notre attention, il s’agit de Tilcara qui se trouve à 45km de Humahuaca. Il y a plusieurs choses à faire sur place comme randonner dans la Quebrada, visiter des ruines d’une tribu pré-inca ou encore se balader dans les environs qui sont vraiment très sympas.
Il est également possible de visiter un salar (Salinas Grandes). Le départ se fait, en réalité, depuis Purmamarca, un autre petit village à moins de 20 Km de Tilcara en descendant toujours vers le sud. De là, il faut s’offrir les services d’un taxi qui fait l’aller, vous attend et vous ramène. Le seul problème de cette sortie est strictement financier. Déjà, loger à Purmamarca revient assez cher, c’est un village un peu « chic » ! Puis, l’aller-retour en taxi n’est pas donné, environ 300 pesos, autant dire qu’à deux ce n’est pas du tout rentable. En logeant à Tilcara, où le logement est plutôt bon marché, il est possible de se rendre à Purmamarca en bus puis prendre le taxi. Mais nous hésitons à faire la balade. Déjà parce que c’est cher et puis on revient du salar de Uyuni il ne faut pas l’oublier :). Bref, nous verrons cela en temps voulu, pour le moment il faut se rendre à Tilcara !
Nous avons entendu dire à plusieurs reprises que le stop marchait assez bien en Argentine. C’est donc tout naturellement que nous avons souhaité vérifier ces propos. La distance entre les deux villages n’est pas très grande et au pire, il y a des bus toutes les heures. Nous ne prenons donc pas trop de risques. Nous quittons le village de Humahuaca à pieds et allons-nous mettre au bord de la ruta 9 en direction du sud, le pouce tendu.
Il faut dire que la région ressemble beaucoup à un désert et du coup, il n’y a pas énormément de passage. Malgré tout, seulement 20 minutes seront nécessaires pour qu’une voiture s’arrête. Il s’agit de Daniella et son copain, deux Argentins, qui sont en vadrouille dans la région pour 2 semaines. Ils vont vers le sud et passent par Tilcara. C’est parfait, on grimpe et c’est parti pour 45 Km que nous avalons assez rapidement. Nous avons tout de même, le temps d’apprendre que Daniella part bientôt aux Etats-Unis pour commencer des études de médecine et que son copain est géologue. On parle des montagnes, de la région, de notre voyage. On partage un « maté », véritable institution en Argentine. C’est une boisson chaude à base de feuilles / herbes hachées. C’est très amer mais les Argentins boivent ça en continu, toute la journée. Sandie n’est pas fan, moi, j’aime bien. En fait, le maté fait partie des coutumes et traditions du pays. C’est un moment de partage, au même titre que la chicha dans les pays du Maghreb. Tout le monde boit dans le même verre au travers d’une sorte de paille.
Nous voilà rendus à destination et en plus nous avons passé un super bon moment. C’est quand même plus sympa qu’en bus ! Après une accolade très amicale (nous avons l’impression que nous nous connaissons depuis des années) nous quittons nos deux hôtes.
C’est avec le sourire aux lèvres que nous nous mettons à la recherche d’un hôtel. On galère un peu, mais on finit par trouver le Club Hostel. La gérante nous propose de privatiser un dortoir de 4, rien que pour nous. La salle de bain est partagée mais il y a une cuisine à disposition et une très grande salle à manger. De plus le petit-déjeuner est inclus. De mémoire, nous avons payé 160-170 pesos pour nous deux. Le lieu est très accueillant, on recommande.
En attendant que la chambre soit prête, nous nous installons dans une pièce commune pour nous reposer un peu. C’est à ce moment que l’état de Sandie se dégrade, elle ne se sentait déjà pas très bien lorsque l’on cherchait l’hôtel. Grosse fatigue, envie de vomir, frissons et mal au ventre. Une fois la clé de la chambre récupérée, elle se couche directement. On check quand même sa température et on constate qu’elle est élevée. Je lui donne du paracétamol et la laisser se reposer.
Pendant ce temps, je vais explorer le village et voir où l’on peut acheter de quoi faire à manger. Il est environ 15h et tout ou presque est fermé. Oui, autre particularité des villages Argentins, tout ferme vers 13h et ne rouvre qu’à partir de 17-18h, voir 19h !!! La sieste c’est sacré ! Bref, pas très pratique pour faire les courses mais j’ai quand même repéré 2-3 magasins. Je rentre donc à l’hôtel d’autant plus qu’il y a un vent terrible qui recouvre le village de poussière.
Je viens aux nouvelles de Sandie. La température est retombée mais reste au-dessus de la normale. Je lui donne un autre paracétamol. Quelques heures plus tard, ça ne va toujours pas mieux, on reprend la température et là, c’est encore pire que tout à l’heure. Le paracétamol ne semble pas faire effet. Sandie souhaite, tout de même, attendre jusqu’au lendemain pour voir si la situation s’arrange. Je vais donc faire les courses et fait à manger, dans le noir car le vent a détérioré les installations électriques du village. Il y a une coupure générale d’électricité.
Après dîner, Sandie ne va pas mieux du tout et la température grimpe encore. Je décide donc de l’emmener voir un docteur tout de suite. Nous nous rendons à l’hôpital public et sommes reçus très rapidement, sans attente. Le médecin de garde nous pose plusieurs questions pour déterminer le problème. A priori, il s’agit d’une bactérie due à un problème digestif. Résultat des courses, piqûre dans les fesses :) pour baisser la température, antibiotiques pour le mal de ventre ainsi qu’un breuvage pour se réhydrater. Le tout fourni directement à l’hôpital.
A la question, on vous doit quoi ? La réponse est simple, rien, c’est gratuit ! Comment gratuit ? Gratuit, gratuit ? Bah oui, c’est un hôpital public et les soins ne coûtent rien au patient et cela vaut pour n’importe qui ! C’est un peu surpris, que nous remercions le médecin et quittons les lieux en laissant quelques billets dans une boite sur laquelle il y a marqué « Merci ». Nous apprendrons plus tard que c’est un système national. L’accès aux soins (consultations, chirurgie …) est gratuit et garanti pour tous. Argentins comme étrangers. Ceci est rendu possible grâce aux années d’internat que les futurs médecins doivent faire avant d’ouvrir leur cabinet. C’est une étape obligatoire pour eux et dans la plupart des cas, ils ne sont pas payés grand-chose. Bien évidemment, beaucoup en profitent, comme leurs voisins Boliviens, qui passent la frontière dans l’unique but de se faire soigner gratuitement puis rentrent chez eux … :(.
La nuit se passe plutôt bien et ce matin-là, ça va beaucoup mieux ! La température est complétement retombée. Ouf !
Il fait un temps magnifique, le vent ne souffle plus et le soleil brille. On prend un copieux petit-déjeuner et allons randonner dans la Quebrada vers la Garganta del Diablo, sorte de formation géologique avec une cascade au bout. A la sortie du village, la balade commence par une bonne heure de montée au travers de paysages de montagnes colorées. Nous arrivons ainsi vers cette gorge du diable. L’entrée est payante :(. Il s’agit en fait de descendre la montagne pour voir la cascade. D’en haut, on voit un filet d’eau qui ne nous impressionne pas vraiment, on décide de rester en haut et de continuer la grimpette en croisant des cactus parfois gigantesques (comme ceux du salar de Uyuni).
Plus haut, il y a une piste qui rejoint un autre village, on s’y promène avant de rebrousser chemin.
Le lendemain, nous avons prévu de visiter les vestiges de la tribu pré-inca qui vivait tout près du village actuel de Tilcara. Il se trouve que nous sommes lundi et ce jour-là, l’entrée est gratuite ! C’est parfait :).
Les ruines se trouvent en fait sur une colline et sont entourées de dizaines de cactus. Seule une partie des édifices a été restaurée à l’identique. Du coup, nous avons eu du mal à nous rendre compte de la taille de la cité qui était en fait très grande.
Nous avons été surpris par les constructions. Par exemple, les poutres des maisons étaient faites de troncs de… cactus ! En effet, lorsque le cactus meurt et s’assèche, son tronc apparaît. Il s’agit d’un bois très solide. Autre point, les entrées des maisons qui sont parfois bien étroites :).
Les paysages des alentours valent également le déplacement.
A l’entrée du site, il y un grand jardin botanique dans lequel se trouve une pierre volcanique qui sonne lorsqu’on tape dessus :). Nous avons essayé et c’est très amusant. La preuve en image ci-dessous.
La piedra campana - la pierre qui sonne
Par contre, une chose bien moins amusante, c’est l’état des cactus de cette zone, voire même de la région. Nous l’avions remarqué la veille et avons eu la confirmation ce jour, les cactus sont mal au point. Nous avons posé la question à un jardinier qui travaille sur le site. Il nous a expliqué qu’ils sont effectivement malades, une bactérie les dévore littéralement.
Cette bactérie est issue d’un insecte qui autrefois était le plat favori d’un prédateur qui a maintenant déserté les lieux … la cause ? Nous, les humains. Le développement économique de cette zone, l’augmentation du tourisme et les produits chimiques utilisés pour fertiliser les sols l’ont fait fuir. Il est fort à parier que dans quelques années plus aucun cactus ne sera debout dans cette partie du pays :(. Certains spécimens ont plus de 300 ans …
C’est un peu triste d’apprendre cette nouvelle que nous quittons le site. Il est midi passé, nous rentrons à l’hôtel pour déjeuner et nous nous apprêtons à poursuivre notre route. Oui mais on va où ? Allons-nous à Purmamarca pour faire le salar ou directement à Salta ? On verra en fonction des automobilistes … ah oui, on continue en stop :).
On se met donc en bordure de la même ruta 9, juste en face d’une station-service. Il y a beaucoup plus de passage mais personne ne s’arrête. Mais pas de panique, on vient de commencer. Au bout de 30 minutes, toujours rien. Au bout d’une heure, pas beaucoup plus chanceux. On se demande si on a bien fait. En effet, si on va a Salta, on perd un temps précieux car il y a quand même pas mal de route… Un bus quitte le village. On lui fait signe un peu dépités mais celui-ci ne s’arrête pas ! Visiblement il faut aller au terminal pour prendre le bus. Mais pour cela, il faut marcher un bon moment. Bref, on continue le stop.
Au bout d’une heure et demie, une voiture s’arrête. Ils vont vers Purmamarca à seulement quelques kilomètres de là mais ça nous va, nous allons enfin quitter ce croisement maudit. On verra si nous avons plus de chance dans l’autre village et dans le pire des cas, nous saurons où dormir.
Dans la voiture, il s’agit de Géraldine et Harold qui sont en fait des Boliviens en vacances en Argentine. Lui est futur médecin, il vient de finir ses études, elle, est dans le commerce. En discutant, on apprend qu’ils vont en fait à Salta mais qu’ils souhaitent passer d’abord voir le salar. Ce n’est pas le plan rêvé ? :) Arrivés à Purmamarca, ils nous demandent si on souhaite descendre ou continuer avec eux … on continue bien sûr :). Mais avant tout, il faut mettre de l’essence, car il y a un bout de chemin pour aller aux Salinas Grandes et il n’y a pas de pompe à essence sur la route. En fait, il n’y a pas de pompe non plus à Purmamarca, la plus proche se trouve … à Tilcara :D. Un moment d’hésitation et hop on fait demi-tour, retour à notre point de départ, à notre station-service et ce croisement maudit !
On fait le plein et c’est reparti. On a perdu presqu’une heure dans la bataille en faisant cet aller-retour.
Le salar se trouve à 3500m d’altitude et pour y arriver, il est nécessaire de passer un col à 4170m. Nos hôtes sont aussi émerveillés que nous et s’arrêtent par endroits pour prendre en photo les paysages et cette route magnifique.
Nous arrivons enfin au salar. C’est très sympa mais pas comparable à celui de Uyuni. Le temps de faire quelques photos et c’est reparti dans l’autre sens.
Lorsque nous revenons à Purmamarca, le soleil est en train de se coucher. Il commence à faire nuit et il nous reste encore 160km à parcourir jusqu’à Salta. De plus, le couple souhaite prendre un chemin détourné qu’on leurs a recommandé. L’idée était sympa, sauf que ce chemin est très serpenté et très étroit. Il est censé longer un grand lac artificiel. De jour ça doit être magnifique, mais là, il fait nuit noire et le chemin semble interminable ! Pour rajouter à la difficulté, des vaches sont sur le chemin ! :) Nous arrivons à Salta bien fatigués vers 22h00. Nous remercions chaleureusement nos hôtes pour cette journée passée avec eux et nous nous mettons à la recherche d’un hôtel.
Il est très tard et nous n’avons pas envie de chercher très longtemps. Nous nous posons dans un des premiers hôtels recommandé par le guide. Nous verrons le lendemain si on reste ici ou si on cherche quelque chose d’autre … en attendant, repos.
Voilà encore une journée pleine d’émotions et de surprises. Nous avons, de nouveau, rencontré des gens formidables et avons passé un très bon moment ensemble. En plus d’avoir fait la route jusqu’à Salta en stop, nous avons pu visiter le salar sans débourser un sous. Que demander de plus ? :)
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